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Algérie: Risques économiques d’un enlisement de la crise autour du maintien au pouvoir de Bouteflika.

Depuis près d’un mois l’Algérie, l’un des géants pétroliers de l’Afrique, tourne au ralenti du fait d’une crise liée au refus par une grande partie de la population du maintien au pouvoir du président Abdelaziz Bouteflika. L’enlisement de cette situation risque de plomber encore plus l’économie algérienne, déjà à l’agonie.

Arrivé au pouvoir il y a 20 ans, aux termes d’une guerre civile meurtrière, le président Abdelaziz Bouteflika a finalement renoncé à un 5ème mandat lundi soir face à la pression de la rue, une mobilisation populaire inégalée depuis l’indépendance de la France en 1962.

Mais l’opposition, et la rue, le soupçonnent en réalité de vouloir proroger son mandat actuel. En effet, le gouvernement a reporté les élections prévues en avril, sans fixer une date pour un nouveau scrutin, un acte non prévu par la constitution algérienne.

Selon divers instituts économiques, cette stratégie de maintien du statut quo pourrait engendrer une récession en 2019. De quoi inquiéter certains partenaires primordiaux de l’Algérie, dont la France, qu’elle alimente en gaz.

‘‘Nous saluons la décision du président Bouteflika de ne pas briguer un 5e mandat”, a soutenu mardi le président français Emmanuel Macron en tournée dans la corne de l’Afrique, sans cacher sa volonté de voir ‘‘la transition voulue par les autorités algériennes se (faire) dans les meilleurs délais’’.

Atteinte du ”syndrome hollandais,” l’économie algérienne qui repose essentiellement sur l’exploitation des hydrocarbures, dont l’exportation des 95% représente le quart de son produit intérieur brut et deux-tiers des recettes fiscales. Cette économie à présent ”est en péril’‘, a prévenu l’institut français Xerfi, spécialisé dans l’analyse économique séctorielle. 

Le syndrome hollandais remonte aux années 60, lorsque les Pays-Bas ont bâti leur économie exclusivement sur l’exploitation du gaz au détriment du développement d’autres sources de richesse locale, après la découverte d’un champ gazier en mer du Nord.

‘‘Vu qu’il n’y a presqu’aucune source de revenus en dehors des hydrocarbures, un prolongement de la crise algérienne serait dramatique pour le pays qui fonctionne en partie sur ses réserves de fonds depuis la crise pétrolière de 2014’’, a expliqué le journaliste français Christophe Dansette, spécialiste en économie.

La stratégie du pouvoir actuel montre qu’il ”a failli par compétence”, a regretté l’économiste Camille Sari sur France 24, proposant ‘‘un rajeunissement de l’encadrement du système économique’’ dans un pays où tous les chantiers pour diversifier les sources de richesse du pays sont restés au stade de projet.

Depuis la crise de l’or noir en 2014, l’Algérie vit au rythme des prix du baril de pétrole sur le marché international. Le prix du baril de brut est passé de 97 euros en 2014 à moins de 28 euros en 2016, pour se négocier aujourd’hui à moins de 66 euros.

Avec un taux de chômage généralisé de 12%, touchant 28% de jeunes, et une inflation à 6,7% en 2019 contre 5,5% en 2017, selon la Banque mondiale, ‘‘la question aujourd’hui n’est pas de savoir si (l’économie) algérienne va s’effondrer, mais quand”, assure l’institut Xerfi.

Mardi soir, la sortie de la crise restait incertaine. Des milliers de jeunes algériens continuaient à occuper la rue d’Alger et d’autres villes, dénonçant une ”ruse’‘ du président qui déclare renoncer à un 5e mandat, mais qui se maintient indéfiniment au pouvoir en reportant les élections prévues d’avril.

Ange Tiemoko.

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